Conseils d’aventure

L’art de prendre son temps – Bikepacking à travers l’Andalousie

          Texte et photos par Jasmin Franceschini

Changer de cadence

La vie a tendance à accélérer sans prévenir. 

Échéances, projets, messages, idées – tout s’accumule jusqu’à remplir tes journées avant même qu’elles ne commencent. Tu passes d’une chose à l’autre, toujours un peu en avance sur toi-même, toujours tournée vers la suite. Et quelque part entre les deux, tu oublies facilement ce que ça fait d’être simplement là, ici et maintenant.

Ce voyage a commencé comme une forme de rébellion contre tout cela. 

Alors, j’ai chargé mon vélo et pris la route vers le sud. De Valence à Séville, sans plan précis, juste une direction et l’envie de prendre mon temps.

Pendant trois semaines, cela s’est transformé en 1 251 kilomètres et 15 322 mètres de dénivelé, au fil de longues journées, de routes paisibles et d’un rythme qui, peu à peu, s’est éloigné de celui du quotidien.

Trouver le rythme

Les premiers jours, je me sentais décalée, comme si mon corps avançait déjà, mais que mon esprit restait ailleurs, accroché à des pensées devenues inutiles. Puis, progressivement, le paysage a commencé à m’ancrer.

En quittant Valence, j’ai traversé des champs d’orangers à perte de vue, l’air chargé du parfum doux et sucré des fleurs, mêlé à celui des amandiers en fleurs. J’ai rejoint les Vías Verdes, ces anciennes voies ferrées transformées en pistes cyclables, calmes et sans circulation, où le temps semble ralentir naturellement. Autrefois empruntés par des transporteurs d’huile d’olive et de marchandises à travers l’Andalousie, ces chemins sont aujourd’hui parfaits pour laisser le monde défiler sans se presser. 

Ce premier soir, j’ai atteint le sommet d’un col tranquille et trouvé un abri abandonné niché entre des arbres qui ondulaient doucement dans la brise. J’ai installé ma tente à proximité et observé les dernières lueurs traverser la poussière et les feuilles, en écoutant le vent murmurer au-dessus de moi. J’ai ressenti un calme profond dont j’avais oublié la sensation, comme si le monde ralentissait, juste un instant.

Lâcher prise

Le lendemain m’a vite rappelé que tout ne se contrôle pas. En avançant vers l’intérieur des terres, en direction d’Albacete, le vent s’est levé sans plus faiblir et s’est maintenu, transformant même les portions les plus faciles en efforts ereintants. Au début, j’ai tenté de lutter, avec ce réflexe de vouloir aller plus vite, garder le cap et maîtriser la journée. 

Mais là-bas, ça ne fonctionne pas ainsi. Le vent ne négocie pas et la route ne s’adapte pas. Plus je résistais, plus tout me paraissait de plus en plus lourd. Alors j’ai changé d’approche. J’ai ralenti, abandonné l’idée de rythme et accepté les conditions telles quelles. La route a dicté la journée, le soleil a donné le tempo et, peu à peu, en relâchant le contrôle, tout est devenu plus léger.

Dans les montagnes

Les sierras de Cazorla, Segura et Las Villas étaient exigeantes mais d’une beauté saisissante. En gravissant les routes sinueuses, le bruit dans ma tête s’est dissipé. Je me suis arrêtée dans un minuscule café, où des chats occupaient chaque recoin, allongés sur les tables, perchés sur les chaises, indifférents à ma présence. J’ai rempli mes bidons et savouré un gâteau – une petite récompense pour l’ascension du matin. 

Plus tard, une mauvaise direction m’a entraînée sur un terrain ravagé par les intempéries. La boue collait à mes chaussures et à mes pneus, des rochers bloquaient le passage et des plaques de neige m’ont obligée à porter mon vélo. Mes jambes étaient en feu, mes mains étaient couvertes de terre. Je me suis arrêtée un moment pour regarder autour de moi. Là, juste devant moi, des cerfs et des bouquetins évoluaient librement. J’aime penser qu’ils se demandaient comment j’étais arrivée là – et je me posais la même question. Je suivais une portion du GR 247, un sentier de grande randonnée qui traverse les sierras, ponctué de petits refuges tous les 20 à 30 kilomètres. Savoir qu’il y en aurait bientôt un pour m’abriter m'a donné l'élan de continuer.

Quand j'ai atteint l'un de ces petits refuges, la nuit était presque tombée. J’ai poussé mon vélo à l’intérieur et laissé échapper un long soupir – à la fois de soulagement et de fierté d’y être arrivée. J’ai installé mon sac de couchage, fait bouillir de l’eau et je me suis assise là, dans les dernières lueurs du jour, à savourer l’instant. 

Le désert de Gorafe

En quittant les montagnes, je me suis retrouvée dans le désert de Gorafe. Je me souviens m'être arrêtée, surprise, en me demandant  : comment cela peut-il encore être l’Europe ? Les collines, sèches et dorées, s’étendaient à perte de vue tandis que les sommets enneigés de la Sierra Nevada se dessinaient au loin derrière moi.

Le désert peut aussi se montrer exigeant. Après avoir traversé plusieurs rivières, l’une d’elles était trop profonde et je me suis retrouvée coincée. C’est là que j’ai rencontré deux cyclistes locaux, qui ont ri de la situation avant de me montrer un autre passage. Très vite, ils m’ont invitée chez eux pour un café et un gâteau. J'ai été touchée par leur hospitalité. Assis à discuter et à rire, j’ai compris que ralentir, c’est aussi apprécier ces instants, prendre le temps de créer des liens et laisser le monde venir à soi. Cette générosité, si propre à l'Espagne, restera longtemps gravée en moi.

Cette nuit-là, j’ai trouvé un petit coin tranquille au cœur du désert et j’ai installé ma tente. La lumière était tout simplement magique – tout baignait dans une lueur douce et chaleureuse, tandis que le jour glissait lentement vers le coucher du soleil, puis l’heure bleue. Je n’avais certainement aucune envie de consulter mon téléphone. Juste envie de ne rien faire. Je suis restée là, à regarder les couleurs changer, à savourer le silence et à me dire : c’est exactement là que je dois être. Parfois, le plus beau dans un voyage, ce n’est pas la route, mais ces moments où tu t'arrêtes, respires et où tu te sens pleinement vivante.

Hello, la Méditerranée

Après quelques jours passés à me reposer les jambes à Grenade, à flâner dans ses rues baignées de soleil et à m’imprégner du calme, jai repris la route vers la côte. En quittant la ville, les collines se sont progressivement adoucies et en descendant, la Méditerranée est soudain apparue à l'horizon. Une sensation incroyable : voir enfin la mer après tant de montagnes et de paysages arides, sentir le soleil sur mes épaules, la brise salée sur mon visage. J’ai ralenti, laissant la lumière et les odeurs m’envahir pleinement.

En longeant la côte vers Malaga, les routes glissaient sous mes pneus et les petites villes bourdonnaient de vie. Les terrasses débordaient sur les rues, les touristes flânaient et le parfum des agrumes se mêlait à l’air marin. Cela m’a fait un bien énorme de me détendre au rythme de la côte, de sentir la fin du voyage approcher et enfin suivre le tempo du monde, plutôt que le devancer. Je ressentais à la fois du soulagement et une profonde gratitude, comme si le voyage m'avait fait respirer un peu plus librement.

Partager la route

À partir de Malaga, ma mère m’a rejointe pour la dernière étape et tout a pris une nouvelle dimension. Rouler ensemble vers Ronda, grimper des cols paisibles et suivre des routes sinueuses m'a rappelé combien partager ce type d'aventure est précieux. Depuis Olvera, nous avons emprunté la Vía Verde de la Sierra, traversant tunnels et ponts anciens, avec des paysages ouverts apaisant l'esprit et le corps. Cadix nous a accueillies avec ses rues animées et la lumière douce de la plage, puis les deux derniers jours vers Séville ont apporté pluie et boue. Et nous avons eu la chance de voir des flamants roses en vrai pour la première fois au parc national de Doñana. Même dans des conditions pluvieuses, nous avons partagé joie, rires et la simple satisfaction d'avoir terminé ce voyage ensemble.

Pourquoi ralentir fait tant de bien

Avec du recul, ce voyage ressemble à une rébellion « soft » contre le rythme quotidien. Des ascensions calmes en montagne à l’immensité brute du désert de Gorafe, jusqu'à la descente vers la Méditerranée baignée de soleil, j’ai réalisé combien ralentir change tout. Ce n'est pas seulement avancer plus lentement, c'est prêter attention aux détails, accepter l'imprévu et faire confiance à la générosité des autres.

Ralentir m’a appris à vivre pleinement le voyage plutôt que de le traverser à toute vitesse. Le parfum des fleurs d’oranger, la chaleur du soleil sur ma peau, le silence d’un col désert, les rires et les cafés partagés avec des inconnus : ce sont des moments marquants. La vie devient plus riche quand tu prends le temps de respirer, d'observer, de créer des liens et de profiter de la vie, tout simplement.

Et c’est peut-être là toute la magie d'un voyage où tu prends le temps. Se reconnecter à ce que tu ressens, avancer au rythme du monde plutôt que de lutter contre lui, un coup de pédale, une respiration, un instant après l'autre.

Après 1 251 kilomètres, j’en suis convaincue : ralentir n’est pas seulement une option – c’est la seule façon de vraiment vivre le voyage.

Produits

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